Profession

IPEA : nouveau coup de frein, en 2024, sur les achats de meubles

Publié le lundi 3 mars 2025

Pénalisé par les contreperformances du marché de l’immobilier et les arbitrages budgétaires des Français, le marché du meuble a reculé une nouvelle fois l’an passé, pour passer sous la barre symbolique des 14 milliards d’euros.

  • Recul du marché du meuble en 2024.
  • Impact de l’immobilier et des zones rurales.
  • Performance variable des familles de produits.

 « Un marché difficile, mais résistant ». C’est en ces termes que Guenhaël Seveno, président de l’Ipea (Institut de prospective et d’études de l’ameublement) a dépeint, mardi 11 février 2025 lors de la conférence de presse annuelle de l’institut, le secteur du meuble en 2024. Après avoir accusé une baisse de sa valeur de 2 % en 2023, il a de nouveau chuté, l’an passé, de 5,1 %, portant son chiffre d’affaires à 13,8 milliards d’euros. C’est une perte, sur un an, de 700 millions d’euros. « Face à un environnement économique et géopolitique incertain, le consommateur a continué de naviguer à travers des transformations majeures », a expliqué Guenhaël Seveno. Et de poursuivre : « Pouvoir d’achat, arbitrages budgétaires, attentisme : les Français ont reporté leurs achats de meubles en attendant des jours meilleurs. Et ce, alors que l’inflation est revenue à des niveaux plus sages. Cependant, les hausses des prix de ces dernières années sont restées dans l’esprit des consommateurs, affectant ainsi leur comportement sur leurs priorités budgétaires. »

Les achats en ruralité ont porté le marché

Le président de l’Ipea a pointé une autre cause du repli des ventes de produits d’ameublement en 2024 : les fortes chutes de l’immobilier dans les segments du neuf et de l’ancien. « Un tiers des achats de meubles sont liés aux déménagements. C’est dire combien notre secteur est liée à celui de l’immobilier », a-t-on constaté au sein de l’Ipea. Toutefois, les contreperformances de l’activité immobilière auraient pu être plus pénalisantes pour les ventes de meubles. En effet, a indiqué Guenhaël Seveno, « le bien-être chez soi continue d’être un argument marketing fort relayé par les acteurs de la filière. »

Trois constats ont également été dressés par l’Ipea sur l’état des lieux du marché de l’ameublement en 2024. Premièrement, toutes les familles de produits n’ont pas été logées à la même enseigne, avec des univers liés au confort (literie et siège) qui s’en sont mieux sortis que ceux du rangement. Deuxièmement, un écart s’est creusé, l’an passé, entre les marchés de l’équipement et du renouvellement. Troisièmement, les Français des zones rurales ont davantage investi dans l’aménagement de leur maison que ceux installés en milieu urbain.

Les marques au soutien de la literie

Par famille de produits, la literie, malgré un recul sur l’exercice de 2,1 %, à 2 milliards d’euros (pesant 14,8 % de l’univers global), a surperformé le marché du meuble en 2024 avec une chute d’activité deux fois inférieure à celle du secteur. à la source de ces bons résultats de la literie, on retient, à l’Ipea, les nombreuses animations promotionnelles orchestrées, tout au long de l’année, par la grande distribution et les spécialistes de la literie, ainsi que « le renforcement du maillage de ces revendeurs spécialisés qui a permis de soutenir le rythme du marché dans des proportions assez élevées », a relevé le président de l’Ipea. Et Guenhaël Seveno de noter également : « Le panier moyen du marché s’est maintenu grâce à la vente de produits de grandes dimensions (160 et 180 centimètres). Aussi, il est à saluer la "positive attitude" des marques, qui restent des éléments importants dans le développement de la literie. »

Deuxième segment du meuble à avoir résisté l’an passé : celui des sièges rembourrés, avec une chute de sa valeur de 4 % pour redescendre à 2,5 milliards d’euros (17,9 % des parts de marché du secteur de l’ameublement). à noter qu’ici les canapés et fauteuils s’en sont mieux tirés que la catégorie de la banquette, cette dernière supportant les difficultés rencontrées par les pure-players. S’agissant de la famille des canapés, « l’offre convertible séduit de plus en plus, tout comme les gammes de relaxation, et notamment celles équipées de rangement », a indiqué Guenhaël Seveno.

Le meublant "en voie de recomposition"

Parmi les univers du meuble qui ont davantage souffert, l’an passé, figure, d’une part, celui du meublant : son chiffre d’affaires s’est contracté de 5,3 % pour peser 4,5 milliards d’euros (32,8 % de la structure du marché ameublement). « Le meublant est en voie totale de recomposition, a remarqué Christophe Gazel, directeur général de l’Ipea, avec des Français que ne pensent plus "mètre carré de logement" mais "mètre cube". Dans cette perspective, le meublant se trouve de plus en plus concurrencé par le "meuble coffre", le Covid ayant fait exploser les besoins de rangement dans l’habitat. » Autre phénomène à l’œuvre sur ce segment du meublant : « Nous nous dirigeons de plus en plus vers des solutions pour l’agencement de la maison, a relevé Christophe Gazel, avec certes de la création de valeur plus importante, mais avec une baisse des volumes conséquente. »

La cuisine pénalisée par l’immobilier

Famille de produits qui caracolait en tête depuis plusieurs années, la cuisine équipée a enregistré, l’an passé, une baisse de 6,2 % de sa valeur (soit 3,7 milliards d’euros ventilés). « Entre des ménages frileux côté investissement dans un nouveau logement, un marché de l’immobilier neuf au plus bas et l’immobilier ancien en panne, les obstacles étaient trop nombreux pour que le segment de la cuisine intégrée puisse espérer faire mieux », a-t-on constaté au sein l’Ipea. « Même constat opéré pour la catégorie du meuble de salle de bains, qui s’est retrouvée coincée par ce frein de l’immobilier », a constaté Christophe Gazel. Résultat : son chiffre d’affaires a dévissé, l’an passé, de 7,2 % pour atterrir à 500 millions d’euros. Citons, enfin, le mobilier de jardin (à - 8,4 % pour un CA de 600 millions d’euros), lourdement pénalisé par une météo défavorable (selon Météo France, 2024 a figuré parmi les dix années les plus pluvieuses depuis 1956 !). « Reste que ce segment de produit garde une orientation favorable dans les arbitrages de Français qui souhaitent aménager leur balcon ou leur jardin », a affirmé le directeur général de l’Ipea.

Grande distribution ameublement : un recul marqué

Sur le plan des canaux de vente, confrontés à un manque de fréquentation en magasin et à un contexte économique incertain, la plupart des acteurs ont enregistré des résultats en baisse. Pourtant, certains segments ont mieux résisté que d’autres.

Un marché difficile,
mais résistant 

Les enseignes de la grande distribution spécialisée en ameublement ont enregistré une baisse de 4,4 % de leurs ventes sur l’année 2024. Ce repli s’explique par « les difficultés du segment du meublant, qui pèse près de la moitié des ventes en valeur », a-t-on observé à l’Ipea. Malgré des efforts sur les prix, notamment à partir de l’automne, les performances sont restées inférieures à celles des enseignes spécialisées du milieu-haut de gamme.

Spécialistes : des performances contrastées

Avec une baisse de 4,2 % de leur acticité, les spécialistes de l’ameublement ont connu une situation proche de celle de la grande distribution. Toutefois, plusieurs sous-segments ont présenté des tendances différenciées. Les spécialistes de la literie ont, d’une part, affiché une légère progression en valeur (soutenue par l’ouverture de nouveaux points de vente et des opérations promotionnelles), les spécialistes du salon ont, quant à eux, résisté grâce à des stratégies de communication et des promotions bien ciblées. Enfin, les cuisinistes ont été en plus grande difficulté, « affectés par le recul du marché de la cuisine et un allongement des cycles de décision des consommateurs », a-t-on relevé à l’Ipea.

Milieu-haut de gamme : un ancrage rural salvateur

Dernier canal de vente analysé par l’Ipea, celui des enseignes positionnées sur le segment milieu-haut de gamme a enregistré un repli de son activité de 4,2 %, mais a affiché une meilleure résistance « grâce à son ancrage territorial ». Ce circuit a tiré notamment parti du marché des sièges rembourrés, avec une clientèle plus âgée à la recherche de produits plus confortables. La démographie joue en faveur de ces enseignes : le vieillissement de la population française devrait constituer un levier de croissance dans les années à venir.

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